Catégorie : Pincés du Cotentin !

  • Clémence Fossard, une passionnée de sport nautique

    Clémence Fossard est amoureuse de la mer et férue de sport nautique. Elle nous fait découvrir les différentes façons de profiter de la mer en nous partageant ses meilleurs conseils pour une pratique en toute sécurité.

    ECOUTEZ L’INTERVIEW DE CLÉMENCE FOSSARD EN PODCAST

    Bonjour Clémence, on est ravi de t’accueillir au sein du pôle nautique de la Hague, sur la base d’Urville-Nacqueville. Pour commencer cette interview, je vais te poser quelques questions en lien avec le Cotentin. Pour chaque question, tu choisis la réponse qui te convient le mieux et tu peux si tu le souhaites, nous expliquer pourquoi ce choix. Tu es prête ?

    Bonjour, oui je suis prête.

    Tu préfères le Cotentin en été ou en hiver ?

    C’est dur, plutôt en hiver.

    Plateau de fruits de mer ou de produits du terroir ?

    Plateau de fruits de mer.

    Plutôt randonnée ou sports nautiques ?

    Sports nautiques.

    Littoral ou bocage ?

    Littoral.

    Artisanat ou patrimoine ?

    Patrimoine.

    Cidre doux ou brut ?

    Brut.

    Shortboard ou longboard

    Ah, ça dépend de l’été où l’hiver, mais majoritairement longboard.

    Merci beaucoup pour tes réponses. Avant de parler un peu plus en détail de nautisme, je vais te proposer de te présenter et de nous expliquer aussi de ton lien avec le Cotentin.

    Alors, je m’appelle Clémence, j’ai 33 ans, je suis originaire du centre-Manche, de Saint-Lô. Mais j’ai grandi à Cherbourg, j’ai toujours voulu quitter Cherbourg pour être honnête parce que quand j’étais jeune, je voulais partir à l’autre bout du monde. J’ai fait mes expériences, je suis partie vivre à l’étranger dans plusieurs pays super sympas et la vie a fait que je suis revenue sur Cherbourg. Finalement, je m’y plais énormément et que j’y ai fondé ma famille. J’ai développé ma carrière professionnelle sur Cherbourg et que finalement, après avoir visité plusieurs autres pays, on a toutes les qualités pour avoir une vie paisible et heureuse dans le Cotentin.

     

    Tu es une passionnée de la mer ?

    Oui. C’est amusant parce que moi, j’ai commencé la voile grâce à ma famille parce que mes grands-parents et mes parents naviguaient. Mais j’ai commencé réellement la voile toute seule ici au Pôle Nautique de la Hague, je faisais de la planche à voile. J’en ai fait pendant quelques années, mais je n’étais pas douée en compétition. J’ai vite fait arrêter et après, je suis repartie sur le surf parce que c’est beaucoup plus pratique, surtout quand on a sa première voiture, beaucoup moins de matos à déplacer.

    Après, je suis partie faire mes études et quand je suis revenue sur Cherbourg, c’était évident pour moi de reprendre contact avec la mer. J’ai à la fois repris les régates au Yacht club de Cherbourg. Et puis le surf, tout naturellement, où j’ai repris des cours au Cotentin surf club, il y a quelques années de ça. Maintenant, c’est presque hebdomadaire où on est à l’eau.

    Et toi la mer, qu’est ce qu’elle te procure en terme de sensation, de sentiment ?

    Alors ça dépend l’hiver ou de l’été. C’est vrai que l’été, on n’est pas toujours chanceux au niveau météo, mais ça a l’avantage d’être très paisible. L’hiver, c’est glacial, il faut le dire hein. C’est cagoules, gants, chaussons, mais c’est très vibrant. C’est presque austère des fois, il y a un mélange d’adrénaline et d’anxiété quand même qui arrive. Mais c’est vraiment une relation liée aux éléments où on ne peut pas mentir face aux éléments, on est obligé d’être 100%  naturels.

    C’est vrai que la relation avec l’eau, c’est indispensable et surtout pour moi, dans ma façon d’être, j’essaie de l’inculquer à mes enfants le plus tôt possible pour qu’ils soient à l’aise dans l’eau, dans cet élément-là. La mer, ça bouge toujours et on a beau passer, ne serait-ce que sur la saline tous les matins, on n’aura jamais le même tableau dans la rade, ça change tout le temps. C’est l’avantage de pouvoir pratiquer une activité sportive et nautique chez nous, c’est que quelle que soit la météo, on a toujours une solution pour pratiquer avec la mer, donc ça peut être pour la plupart du longe-côte, du surf, de la voile, de la planche à voile ou du kitesurf. On a tous, je pense, en tant que Cotentinois, un lien fort avec la mer. Je pense que c’est bien de pouvoir en profiter parce que c’est assez unique.

    C’est vrai que si on parle plus spécifiquement par exemple de surf, le contentin devient de plus en plus attractif pour les amateurs de surf et ce que tu disais là, les conditions météorologiques Y sont pour beaucoup dans cette attractivité ?

    Je pense, parce que c’est vrai que de manière générale, il y a sur la façade atlantique, on a les gros spots de surf dans les Landes, ce sont de très grosses vagues, c’est super, mais alors, il faut avoir un bon niveau quand même.. Après, on se retrouve avec des spots breton, ça reste des toutes petites baies, il y a beaucoup de reef, c’est-à-dire des vagues au-dessus des rochers.

    Chez nous ça a l’avantage d’être safe, dans le sens où on a effectivement du courant l’hiver, mais de manière générale c’est très safe. On a des grandes plages, ce n’est pas full encore aujourd’hui, tout le monde peut profiter d’une vague. L’ambiance s’y est vraiment bonne et je pense que petit à petit ça se fait savoir. Les gens viennent en familles, avec des enfants en bas âge, surfent par chez nous parce que c’est sécurisé, il y a forcément des vagues adaptées à chaque niveau. Les plages sont idéales pour ça, elles sont grandes, on a quelles que soient les conditions, on arrive toujours à trouver des petits morceaux de vagues, même l’été, quand il n’y a pas de houle.

    Et toi, quels sont tes spots préférés ?

    Alors moi, je vais à biville donc c’est vrai que je fais à la maison. Mais j’aime beaucoup le Rozel, il y a un peu de jus à marée haute, c’est très sympa. Surtainville et, Siouville-Hague c’est un peu plus loin pour moi, mais ce sont des spots de vraiment de qualité et Siouville pour débuter c’est parfait. Il n’y a rien à redire, c’est parfait. Même quand on a du vent dessus, on peut se mettre à l’abri, c’est idéal pour le coup.

    Est-ce qu’on peut surfer toute l’année dans le Cotentin ?

     Oui, largement. Je connais même des amis qui surfent côte nord quand il y a des coups de vent. J’ai des amis qui surfent à l’Anse du Brick. Pour le coup, on a l’avantage d’avoir des spots côte nord et côte ouest.  Côte est, c’est le plus rare, mais dans tous les cas, il y a toujours une activité nautique à faire quelque soit la côte.

    Est ce qu’il y a des compétitions sur le territoire de nautisme, de voile, de surf ?

    Alors, à ma connaissance, il y a plusieurs compètes, il y a le Surf Open à Siouville-Hague qui est très connu, de plus en plus, je pense.

    Il y a le Surf Gliss Festival à Carteret, qui doit être aussi aux alentours du printemps, début d’été. Après, il y a des compétitions comme les championnats de France de Windsurf au Pôle Nautique de la Hague qui est très connu, et même si vous ne pratiquez pas de la voile, c’est impressionnant de venir voir.

    Pour tous les amoureux de sport nautique, mais plutôt embarqué, on a tout ce qui est Rolex Fastnet Race qui est arrivé récemment, une très grande course pour Cherbourg. On a la DreamCup également, on a des courses bien spécifiques en voilier également. Avec l’école de voile de Cherbourg qui organise aussi des compétitions de voilier sur Foile, ça s’appelle les Wasp. C’est très impressionnant, on peut les voir de la plage de Collignon, on est très gâté en termes de compétitions. Surtout que la côte nous permet de les observer et vraiment de près.

    Oui, c’est ça aussi parce que les compétitions sont plutôt réservées soit à des professionnels ou des personnes qui ont un niveau de pratique assez soutenu. Mais ça n’empêche pas le grand public d’en profiter.

    Au contraire, et puis pour la plupart des événements, il y a toujours des initiations ouvertes à tous, aux enfants et aux adultes, pour découvrir la pratique. C’est une réelle valeur ajoutée pour nous parce qu’on a des plans d’eau qui s’y prête, quelle que soit la pratique, on a des plans d’eau ultra-sécurisants et ça permet à chacun de tester, d’essayer. C’est vrai qu’on vit avec la mer ici donc si on n’essaye pas, c’est dommage, on peut passer à côté de quelque chose. 

    Et toi justement, quelqu’un qui souhaiterait débuter dans la voile, le nautisme, le surf, quels conseils tu lui donnerais ? Il faut se tourner vers quel organisme pour commencer ?

    Honnêtement, je pense que le plus simple, c’est de se retourner vers les associations, les clubs. Je sais que, notamment pour le Yacht club, il y a plein de pratiques qui sont en train d’être développé, plein de nouveaux cours accessibles pour apprendre la voile et la rendre accessible à tous pour ceux qui ne connaissent pas du tout, qui ont été mutés dans la région. 

    Pour le surf, pour quelqu’un qui n’y connait pas, je conseillerai quand même commencer par une école de surf. Ne serait-ce que par l’apprentissage des courants et des marées, parce qu’on est tout de même lié à ça ici sur le littoral. Les clubs sont vraiment préparés et il y a tout le dispositif avant de même d’investir financièrement. Ça permet de tester, s’assurer qu’on aime. C’est vrai que ce n’est pas forcément donner à tout le monde d’aimer la pratique l’hiver également, il y a il y a l’été, mais l’hiver assez rude ici quand même. C’est vrai que c’est pour moi, c’est l’idéal de contacter directement les clubs. 

    La mer, c’est quand même un élément naturel. Il y a des dangers qui y sont liés. Quels sont pour toi les conseils de base en termes de sécurité pour une pratique totalement sécurisée ?

    Quelle que soit la pratique, déjà, il faut que l’on parte à l’eau. Ça, c’est pour moi, c’est le béaba. Regarder la marée et les coefficients de marée, il y a la marée, ce qui nous permettra de savoir l’heure à laquelle la mer sera haute ou basse, mais le coefficient de marée, c’est ce qu’il y a de plus important. Cela permet d’indiquer la force du courant. Quand il y a de grandes marées, la mer part très loin et revient et effectivement, on peut être emporté rapidement si on n’a pas l’habitude, quelle que soit la pratique, planche à voile, surf. Même en bateau, parce que après, il y a le vent, les conditions météo et ici le vent interagit bien souvent et il faut pouvoir être en capacité de revenir à bon port sans mauvais jeu de mots en toute sécurité.

    Mais pour moi, le plus important, c’est de prévenir que l’on part en mer.

    On a aussi des structures ici, quels que soient les clubs qui permettent d’appréhender les connaissances météorologiques pour se sentir en totale confiance, pour pouvoir partir en mer sereinement, seul ou en famille.

    Oui, c’est ça aussi, tu dis prévenir, mais c’est aussi essayer d’y aller, peut-être pas seul en mer, de se faire accompagner ?

    Oui, il ne faut pas hésiter, surtout qu’il y a plein de structures qui permettent de partir en flotte ou même commencer en groupe, par des connaissances par le réseau. Au Yacht club de Cherbourg, les novices peuvent intégrer des bateaux sur des régates. On a une régate qui est connue en local, c’est le championnat du mardi soir où tous les bateaux naviguent. Quelqu’un de complètement novice peut venir essayer, profiter et apprendre petit à petit comme ça via les échanges avec les autres.

    Toi, tu es jeune maman, est-ce que tu commences déjà avec ton enfant à lui partager ta passion de la mer ?

    Alors c’est vrai que c’est très important pour nous, pour mon conjoint et moi, que les enfants apprécient la mer, donc on a 2 enfants, une petite fille de 4 ans et un petit garçon de 10 mois. On a d’ores et déjà commencé les cours de bébé nageur, c’est important qu’ils puissent se sentir à l’aise dans l’eau. Même s’ils vont peut-être jamais surfer, je n’en sais rien, mais l’idée, c’est vraiment qu’ils soient à l’aise dans l’eau, quels que soient les éléments, ça leur servira pour plus tard. C’est vrai que nous aimerions pouvoir partager des moments, des sessions de surf en famille, c’est un petit peu un rêve qu’on a dans le coin de la tête qu’on aimerait bien qu’ils partagent un jour. Mais s’ils veulent faire autre chose, ils feront autre chose, ce n’est pas très grave. Pour le coup, je pense que c’est un plus de pouvoir transmettre des appétences et cette certaine aisance d’être dans l’eau, quelle que soit la pratique, pour ne pas avoir peur. Il faut faire corps avec la nature et pas forcément la combattre. 

    On est en pleine nature, il faut la respecter, cela fait partie du respect de l’environnement. Pour toi, comment on peut partager, transmettre aux jeunes générations la passion et aussi le respect de la mer ?

    Je pense que ça se fait de manière un peu transversale avec les différents contacts que l’on peut avoir.  Je sais qu’à l’école, ils préparent déjà quand même les enfants à ce sujet. Nous, à chaque fois qu’on va sur la plage, on ramasse le plus de déchets possibles. C’est un peu triste à dire comme ça, mais c’est vrai que nous faisons un petit jeu à chaque balade sur la plage, quelle que soit la plage, on essaie de ramasser, et c’est à celui qui ramassera le plus de déchets. On essaye à chaque fois de voilà de nettoyer la plage parce que, c’est ici ou que nous passons le plus de temps en famille. Il y a la plage, mais il y a aussi dans les forets, ça fonctionne dans tous les lieux, mais je pense que c’est aussi bien via les parents, mais via les différentes infrastructures, que l’enfant rencontre. C’est bien de pouvoir répéter qu’il est important de ne pas jeter les déchets n’importe où.

    Et si tu devais définir la mer du Cotentin ?

    Je pense que la mer du Cotentin, elle a l’avantage d’être changeante. Elle est toujours différente. Quelque soit l’année et la météo, on n’a jamais le même tableau et c’est ce qui c’est ce qui est beau, tout simplement.

    Est-ce que toi, tu as d’autres activités sportives en dehors de la mer aussi ? Tu as d’autres choses qui te plaisent dans le Cotentin ?

    Comme toute fille manchoise, j’ai fait une passe équitation. J’en ai fait quelques années, j’ai vu rapidement compris que je n’allais pas faire carrière.

    Nous faisons de la randonnée en famille, on se balade beaucoup à l’extérieur, surtout qu’avec les enfants les périodes de liberté diminuent. Majoritairement la mer, si ce n’est pas le bateau, c’est le surf, sinon ce sont les balades au bord de l’eau.

    Est-ce que tu pourrais nous partager une ou plusieurs bonnes adresses locales que tu affectionnes particulièrement ?

    L’Auberge des grottes sans équivoque. On y mange super bien et vraiment très convivial, c’est très sympa.

    Après, on aime bien de temps en temps avec les copains à Omonville-la-Rogue prendre un verre au Café du Port. Si vous voulez découvrir la mer et les activités nautiques pour les enfants, je dirais l’école de voile parce qu’ils sont équipés, ils ont dû super matos, ils sont tout pour pouvoir progresser, appréhender la mer et découvrir les joies de la navigation.

    N’hésitez pas à vous arrêter au lieu de club de Cherbourg, il y a des super cours et vous pouvez même partir en flotte avec des copains et un skipper dans les îles anglo-normandes, c’est franchement à voir.

    Ça donne envie en tout cas. Et pour terminer, dernière question, qu’est-ce qui rend pour toi le Cotentin unique ?

    C’est vrai que le Cotentin, on n’y va pas par hasard, il y a toujours un but. On ne passe jamais par hasard par Cherbourg ou par le Cotentin, mais ça a l’avantage qu’importent les saisons d’avoir une vue complètement différente. Le Cotentin a 3 côtes distinctes, et bien différentes, et je pense que quelque soit la saison et les côtes, tout change. Cela reste un territoire brut avec une nature à l’état vraiment brut face aux éléments et pour ceux qui aiment la nature, je pense que c’est idéal.

    Merci beaucoup pour ton partage d’expérience et j’espère que ça vous a donné envie au lieu de venir découvrir le Cotentin et surtout de se lancer dans les sports nautiques.

  • François Badier, un producteur de cidre

    François Badier est producteur de cidre en Cotentin. François nous reçoit dans son verger pour nous parler de son parcours et de son attachement au territoire.

    ECOUTEZ L’INTERVIEW DE françois badier EN PODCAST

    Bonjour François, ravi d’être là aujourd’hui avec vous dans votre verger. Pour commencer cette interview, je vous propose un petit jeu de questions réponses, à chaque question, vous avez deux choix, vous choisissez l’option qui vous va le mieux et vous pouvez nous expliquer pourquoi ce choix. C’est bon pour vous ?

    C’est parti.

    Vous préférez le Cotentin en été ou en hiver ?

    Ouh là là, ça commence fort les 2. Les 2, mon capitaine, parce qu’en été, alors quand on a la chance d’avoir le soleil sur les plages, c’est très agréable et l’hiver pour moi, c’est la saison des pommes avec lesquelles on travaille les jus et c’est assez sympathique d’aller travailler le soir. Cela donne une ambiance dans la brume avec la pluie, c’est assez particulier et donc les deux sont assez sympathiques.

    Vous êtes plutôt plateau de fruits de mer ou de produits du terroir ?

    Alors plutôt produit du terroir, même si j’aime beaucoup les fruits de mer, c’est mon côté terrien qui ressort.

    Plutôt randonnée ou sport nautique ?

    Plutôt randonnée. Mais les sports nautiques vont avec puisque j’aime beaucoup les sports nature, la pratique de l’équitation, du VTT. Les sports nautiques, l’été, dans le Cotentin, il n’y a pas mieux.

    Littoral ou bocage ?

    Littoral, ça peut pas être paradoxal par rapport aux réponses précédentes, mais littoral.

    Artisanat ou patrimoine ?

    Patrimoine, parce que d’un patrimoine, ça peut être aussi patrimoine vivant et donc on englobe un peu l’artisanat aussi.

    Une question plus en lien avec votre métier, cidre doux ou brut ?

    Brut, sans hésitation.

    Et la dernière, pomme amère ou pomme douce ?

    Amère, pomme typique du Cotentin, il n’y a pas mieux.

    Merci pour ces réponses qui nous permettent de vous connaître un peu mieux. Maintenant, on aimerait que vous nous en disiez un petit peu plus sur votre parcours personnel et surtout pourquoi vous êtes devenus producteur de site dans le Cotentin ?

    Alors moi, je suis né à côté de Cherbourg et dans la famille, les oncles, les grands-parents faisaient du cidre. Des tout petits, j’ai baigné dedans et je suis tombé dans la marmite comme Obélix. C’est devenu une passion et j’ai racheté le champ de mon oncle qui l’avait planté pour sa consommation personnelle en 2015. En 2019, j’ai fait un salon en tant qu’amateur à Saumur. C’était un grand salon cidre où il y avait plein d’étrangers. Et il y a un importateur étranger qui est adoré, qui m’avait commandé quatre-cents bouteilles. Et suite à ça, j’ai créé l’entreprise. Et là, ça a été fabuleux parce que ça a été des échanges avec les restaurateurs, les cavistes, les clients un peu partout en France.

    Voilà, c’est une belle aventure. Moi, ce que j’adore particulièrement, c’est amener les gens au verger pour leur expliquer, parce que pour moi le verger c’est la base.

    Ici, on est sur la commune de Tollevast, sur un verger qui a été planté dans les années 1980 avec des pommiers de type basse tige. Donc la différence entre des bases tiges et des hautes tiges, c’est la hauteur de tronc et des bastilles vont rapporter plus rapidement que des hautes tiges, sachant que les hautes tiges, c’est le verger traditionnel du Cotentin puisqu’il y avait les arbres au milieu des champs et les animaux qui étaient en pâture dessous. Donc là, on a des pommiers basses tiges de quatre variétés différentes dont des variétés vraiment typiques du Cotentin, tel que le petit amère ou le binet rouge.

    Vous parliez tout à l’heure que c’était notamment agréable dans le métier d’aller à la rencontre de ceux aussi qui vendaient ou qui mettaient à l’honneur vos produits sur leur table. Vous, vous aimez aussi les faire venir ici, leur faire visiter le verger, la production pour qu’ils se rendent compte de tout le process ?

    Oui, c’est ça. Pour avoir une vision globale du produit, il faut mettre les pieds dans le verger, c’est-à-dire que pour moi, c’est la base. Sans pomme, on ne peut pas avoir de cidre, on a tendance des fois à se plaindre dans le Cotentin de la pluie, mais sans eau, on n’aurait pas les pommes et les pommes, c’est le cidre, donc il faut amener les gens au verger, leur expliquer qu’un arbre, c’est vivant. Et donc les pommes derrière, c’est, c’est un produit vivant. La base, c’est ici, c’est, c’est le verger. En les amenant ici, ils prennent conscience du produit qu’ils vont avoir après à commercialiser de leur côté, et ils vont savoir en parler.

    Est-ce que pour vous, c’est aussi important de transmettre le savoir-faire cidricole pour qu’il ne se perde pas et aussi l’histoire autour du cidre pour que les habitants et tous ceux qui consomment le cidre soient conscients en fait de l’histoire du cidre et de ce qu’il y a derrière ?

    Oui, tout à fait. C’est-à-dire qu’on est sûr des communes où je replante mes pommiers, où, en fait, pendant la Seconde Guerre mondiale qui a eu un impact très important en Normandie. Les Anglais sont venus faire des photographies aériennes et dans toutes ces communes-là, tous les champs étaient remplis de pommiers. Ils ont tous été coupés dans les années 60, c’est un patrimoine qui est parti. Ce patrimoine-là, il faut le sauvegarder et le faire perdurer.

    D’ailleurs mes étiquettes s’appellent de l’héritage au partage parce qu’on a hérité de plein de savoir, de plein de notions. Le but, ce n’est pas de les garder pour soi, mais c’est de les partager.

    Le Cotentin est bien réputé et quand même reconnu pour son cidre. Qu’est-ce qui fait qu’une région, un territoire, est propice à la production cidricole ?

    Un territoire est propice à la production cidricole par le sol. S’il y a des pommes ici, ce n’est pas pour rien. Après, il y a toute une histoire, donc si on a encore des vergers de plantés dans le Cotentin, ce n’est pas pour rien. Si tout n’a pas été arraché à une époque, ce n’est pas pour rien. Et puis c’est aussi lié à des variétés, des variétés qui sont propres à un lieu particulier et c’est en ça que la AOP Cotentin est une AOP, c’est-à-dire que non seulement on travaille sur le sol, mais il y a aussi les variétés qui sont très importantes. Ce sont des variétés très phénoliques, donc très tanniques, ce qui en fait des cidres de garde.

    Quels sont les éléments qui font qu’on va être en présence d’un cidre exceptionnel, d’une très bonne qualité ?

    Alors 97% des cidres dans le monde sont pasteurisés et regazéifiés. Les cidres du Cotentin, c’est totalement banni, c’est-à-dire que c’est de la prise de mousse naturelle, donc les pommes sont pressées, les jus fermente en cuve et ensuite sont mis en bouteille où ils vont mettre au minimum deux mois avant de faire leur prise de mousse. Donc cela fait des cidres de qualité parce que la bulle est beaucoup plus fine, dès qu’on ouvre la bouteille, on n’a pas cette odeur d’œuf pourri, de CO2 qui ressort et du coup, on a tout de suite la pomme qui sort et ça met immédiatement en appétit.

    Pour une cuvée de cidre, il faut mélanger différents types de pommes ?

    C’est ça. On va avoir quatre types de pommes différentes ; des douces, des douces amères, des amères et des acidulés. Sachant que les cidres du Cotentin ont une base et une trame basée sur l’amertume. On a plus des variétés de pommes amères et douces amères.

    Ce mélange de pommes permet un bon équilibre de la boisson finale ?

    C’est ça. C’est vraiment le bon terme, c’est la notion d’équilibre. Si on avait quelque chose de trop amère. On va louper quelque chose, si on a quelque chose de trop sucré, c’est pareil, on va passer à côté d’autre chose. Néanmoins, cela permet d’avoir des cidres différents et en fonction des goûts de chacun, c’est-à-dire qu’on va avoir des cidres dans certaines régions de France qui vont être plus basées sur l’acidité, d’autres basés sur la douceur, sur quelque chose de rond qui pourront accompagner des plats un peu différents et nous, on est vraiment basé sur l’amertume.

    Et tout à l’heure, vous disiez que vous vous préférez le cidre brut. Qu’est-ce qui va différencier un cidre doux d’un cidre brut ?

    Alors un cidre doux va être quelque chose qui va être beaucoup plus sucré. Un cidre brut, voire extra brut, va être beaucoup plus amer et sec. C’est vraiment une tendance qui est développée et recherchée en ce moment. On le voit pour le vin et c’est pareil pour le cidre.

    Parce que ça accompagne mieux, notamment les plats ?

    C’est ça. Les gens recherchent ça en ce moment. C’est vrai que ça désaltère vraiment bien sous ce beau soleil normand.

    Si on prenait une année qui commencerait pour un cidrier au mois de septembre, octobre par le ramassage des pommes. Il y aurait en octobre le ramassage des pommes et le pressage, donc suite au pressage, va y avoir tout le travail des jus pour essayer de les stabiliser. Au mois de février, on va commencer la taille au verger ainsi que la plantation des arbres. Au mois de Mars, on va avoir le greffage des jeunes plants. En mars, avril, mai, voir juin, on peut avoir la mise en bouteille des cidres qui vont être à des densités différentes en fonction de ce que l’on veut avoir, soit du doux, du brut, du demi-sec ou de l’extra-brut. Et pendant deux mois, le cidre va faire sa prise de mousse, durant ce temps-là, l’herbe pousse, cela va être du travail d’entretien au verger. On va avoir une grosse partie commercialisation au mois de juillet, août et septembre et puis on attaque de nouveau au mois d’octobre pour la saison des pommes.

    Si vous deviez décrire le cidre du Cotentin en trois mots, pour vous, c’est quoi les trois mots qui définissent mieux le cidre du Cotentin ?

    Alors, tradition, parce que, comme je le disais tout à l’heure, si on fait du cidre ici, ce n’est pas pour rien, c’est parce qu’on hérite de beaucoup de choses. Ce serait émotion parce que le but, c’est sur une bouteille, c’est de partager de l’émotion. Et puis innovation, parce que certes, on a un passé avec le cidre, mais le cidre se réinvente. Moi, j’essaye tous les ans de sortir une nouvelle gamme, je ne le fais pas tout seul, je le fais en échange avec les restaurateurs, je fais venir les gens et on goûte, on teste. Et alors, il y a des choses qui fonctionnent très bien, il y en a d’autres qui sortent très bien une année et puis l’année d’après, c’est moins bon. C’est sur le long terme où on fait des choses, mais le but, c’est de tester. Par exemple, je fais du cidre avec une macération de houblon, parce qu’on a vu l’émergence de la bière et les gens, quand ils voient bière, ils y vont tout de suite et ont tendance à délaisser le cidre. J’ai mis ce cidre de houblon dans des bières, dans des bouteilles type bière et du coup les gens sont tentés pour venir et ça fait un nouveau produit. Tous les collègues cidriers essayent de développer, de rechercher ce qui peut, ce qui peut plaire.

    Oui, parce qu’on l’a vu ces dernières années, les producteurs de cidre du Cotentin essayent aussi de justement d’innover, pour moderniser cette image du cidre. Et vous parliez tout à l’heure du cidre Cotentin AOP, est-ce que vous pouvez nous expliquer concrètement ce que c’est ?

    Le cidre Cotentin AOP, c’est l’union fait la force. Et si on reste chacun dans son coin, on ne peut pas faire grand-chose alors que là, on est une dizaine de producteurs, on se réunit régulièrement et on échange. On échange sur ce qui fonctionne, sur ce qui ne fonctionne pas. Et on goûte et ce qui est important, ce n’est pas de rester sur un cidre, mais c’est de goûter plein de cidre différent pour se faire le palais. Il y a des cidres que l’on aime, il y a des cidres que l’on n’aime pas, comme pour le vin.

    On a aussi entendu parler du vieillissement prolongé du cidre, qu’est-ce que c’est ?

    Le vieillissement prolongé, c’est l’innovation, mais c’est parce qu’il y a des producteurs qui ont gardé des bouteilles de côté sans les ouvrir pendant des dizaines, des vingtaines d’années, et on s’est rendu compte que ça, c’était assez propice au cidre du Cotentin. Les pommes sont phénoliques, elles sont très riches en tanin, et cela, en fait des cidres de garde où les tanins se fondent avec le fruit au fur et à mesure des années. La première année, on va être beaucoup sur le fruit et l’amertume et tout ça va se lisser avec le temps pour se mélanger et se patiner un petit peu et cela rend des cidres assez exceptionnel.

    L’idée, c’est un peu comme vous disiez, comme les tests avec les houblons, c’est d’élargir cette gamme et montrer aussi aux consommateurs qu’il y a plein d’expériences possibles avec le cidre ?

    C’est ça, c’est-à-dire qu’avant le cidre, on avait des pommes au mois d’octobre, novembre. On pressait, on remplissait le tonneau. L’année d’après, une nouvelle récolte arrivée, il fallait vider le tonneau et on passait à autre chose. Cette habitude-là, on veut la rompre en disant, nous, on garde vos cidres pendant deux ans et on vous les envoie au bout de deux ans et vous allez voir ça, ça gagne à être fait et testé.

    On peut lier aussi le cidre à la gastronomie. La gastronomie locale est quand même assez riche pour vous. Comment le cidre s’intègre dans cette gastronomie locale ?

    Alors généralement, quand on parle de boissons, les boissons s’harmonisent très bien avec les produits. Ici, on a la chance, c’est qu’on a une gastronomie très développée, cela va des fruits de mer, le cidre se marie très bien avec, à l’agneau également, où là le cidre extra brut Cotentin va à merveille. On a une gamme de cidre qui fait que l’on peut commencer au cidre et finir au cidre et faire un repas au cidre. Et c’est très bien parce que ça se développe car sa teneur en alcool fait que les gens l’apprécient de plus en plus.

    Et on le voit là, on a quelques bouteilles devant les yeux. Vous parliez tout à l’heure que vous empruntiez des codes aussi de la bière. On voit aussi la petite bouteille, c’est assez propice, je pense, pour aussi le moment de l’apéritif, ça peut être aussi ce cidre assez frais à différents moments, soit de la journée ou du repas ?

    C’est ça, c’est-à-dire qu’une petite bouteille, ça convient très bien pour des gens. Des fois les gens viennent me voir et me disent « Nous une bouteille, ça fait un peu beaucoup parce qu’on est deux, on boit un verre chacun et ouvrir une grande bouteille pour deux verres, c’est un peu dommage ». Il est moins bon le lendemain, l’aspect des bulles n’est plus là, en prenant une petite bouteille, les gens sont contents et en profitent bien.

    Est-ce que vous avez un accord mets-cidre à nous recommander ? Quelque chose que vous affectionnez particulièrement.

    Alors, on peut partir sur un agneau grillé au feu de bois, cidre extra brut de Cotentin. Alors là, on est sur une pure merveille.

    Et en tant qu’ambassadeur du Cotentin, si vous, quel message vous souhaiteriez transmettre à des personnes qui souhaiteraient venir découvrir le Cotentin ? Qu’est-ce qui rend notre territoire si unique et plaisant à vivre ?

    Alors c’est le Cotentin, c’est un mélange de bleu et de vert, alors venez goûter le Cotentin.

    Est-ce que vous pouvez nous partager un ou plusieurs coups de cœur locaux, que ça soit une bonne adresse, un lieu que vous aimez particulièrement ?

    Alors un lieu que j’apprécie, c’est en se promenant sur Urville-Nacqueville quand on passe de la plage, en remontant sur la lande, en passant par le Landemer, en remontant vers Gréville. C’est assez exceptionnel quoi.

    Une belle randonnée ?

    Une belle randonnée dans le Cotentin, il n’y a pas mieux.

    Merci pour cet échange. On espère que ça a donné envie à nos lecteurs de découvrir ou redécouvrir le Cotentin et surtout de passer un bon moment avec un bon verre de cidre.

  • Pierre Simon, un passionné de Seconde Guerre mondiale

    Pierre Simon, passionné de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en Cotentin. Pierre se livre sur cette période cruciale du Cotentin et sur son attachement au territoire.

    Ecoutez l’interview de pierre simon en podcast

    On se retrouve aujourd’hui à la batterie des Coupléts, sur les hauteurs d’Équeurdreville, avec une vue imprenable sur la Rade de Cherbourg. Comment allez- vous aujourd’hui ?

    Fort bien, sous un soleil radieux, avec une vue extraordinaire. Heureux. 

    Pour commencer cette interview, je vais vous poser quelques questions en lien avec le Cotentin. Vous choisissez la réponse qui vous convient le mieux et vous pouvez, si vous le souhaitez, nous expliquer pourquoi.
    C’est parti ?

    Très bien, c’est parti !

    Vous préférez le Cotentin en été ou en hiver ?

    Les deux. J’aime le Cotentin en été pour son climat, pour sa mer. Et en hiver, pour ses paysages extraordinaires de pluie, de grains qui arrivent. C’est une région qui, du mois de janvier au mois de décembre, est toujours extraordinaire.

    Vous êtes plutôt plateau de fruits de mer ou produit du terroir ?

    Plateau de fruits de mer.

    Randonnée ou sport nautique ?

    Plutôt sport nautique.

    Littoral ou bocage ?

    Littoral.

    Artisanat ou patrimoine ?​

    L’artisanat, il est bien quand il sert le patrimoine.

    Cidre doux ou brut ?

    On déguste un cidre doux ou un cidre brut avec des choses particulières et j’aime résolument les deux.

    Musée ou plage du Débarquement ?

    Pour bien connaître les plages du Débarquement, il serait intéressant de pouvoir passer dans les musées avant ou après, parce que les musées donnent vraiment un éclairage spécial sur ces lieux de patrimoine historique.

    Merci beaucoup pour ces réponses. Je vais vous proposer de vous présenter, de nous dire un peu plus qui vous êtes et de nous expliquer aussi votre lien avec le Cotentin

    Alors mon lien avec le Cotentin, c’est que j’y ai vu le jour dans les années 60 à Cherbourg. J’y ai toujours vécu et je me suis toujours intéressé à l’histoire militaire. Ayant eu un père qui a commencé sa carrière dans l’artillerie, et je me suis intéressé bien évidemment à l’histoire militaire locale depuis très longtemps, et ça en fait, c’est une passion assez dévorante, mais qui est intéressante parce qu’il y a, il y a vraiment beaucoup de choses à voir et qu’on ne voit pas forcément du premier coup.

    Donc, vous, ce qui vous intéresse, c’est d’en savoir plus, pas seulement ce qu’on nous donne, mais d’aller un petit peu plus loin.

    C’est ça, savoir comment ça s’est passé. Le côté humain de l’affaire par exemple, quand on voit tous ces bunkers qui ont été érigés ici par les Allemands ou par les Français,  c’est intéressant de savoir comment ça a été monté, pourquoi et en fait que sont-ils devenus ?

    Aujourd’hui, on va parler plus spécifiquement du Cotentin pendant la Seconde Guerre mondiale. Est-ce que vous pourriez nous repositionner un petit peu ? Le contexte historique dans lequel se trouve le Cotentin au moment de la guerre ?

    Alors au début de la guerre, en fait le Cotentin, donc c’est une presqu’île comme tout le monde le sait. Le territoire s’est trouvé coupé de tout puisqu’avec l’arrivée des Allemands, en fait, il a fallu que les populations civiles, un peu comme partout en France, fassent un exode vers le Sud. Et on s’est vite rendu compte que les troupes allemandes. Étaient les plus modernes de l’époque en 1940 et on a vu arriver, on a vu déferler en fait des blindés, mais aussi des troupes hippomobiles qui se sont vite rendus maîtres du terrain. Et à part quelques petites résistances, notamment au pont de Martinvast. En fait, l’Allemagne s’est vite rendue maître du terrain et d’ailleurs, Cherbourg a été déclarée ville ouverte le 19 juin 1940.

    Comment les villes du Cotentin ont été affectées par la présence allemande ?

    La présence allemande s’est très vite fait sentir, notamment par les privations que ça a engendrées, puisqu’en fait la population avait du mal à se nourrir et a été rationnée, et il fallait user un petit peu d’astuce pour pouvoir arriver encore à manger. La grande priorité de cette époque-là, c’était la nourriture, pouvoir se nourrir et nourrir sa famille à ceci près que la population locale pouvait justement utiliser les ressources de la mer jusqu’à un certain moment puisque toute la zone côtière a été déclarée zone rouge par l’occupant. Il n’était plus question d’aller chercher des crabes ou même des chapeaux chinois sous les rochers ou sur les rochers du Cotentin. Et du coup, c’était un peu plus difficile. Beaucoup de gens ici pratiquaient également un petit peu une culture. Une culture, notamment, on, pouvait-on quand même trouver encore des fruits et légumes. On pouvait se mettre à cultiver les rutabagas, c’était la grande mode de l’époque. Des légumes de second ordre, on faisait du café avec de la chicorée. On détruisait ces mégots pour refaire des cigarettes de façon à pouvoir fumer, bref, tout manquait.

    Mais vous pensez que faites qu’on soit quand même un territoire avec lequel la pêche est prédominante, tout de même l’agriculture assez forte a pu aider en effet la population locale à survivre mieux que juste avec le rationnement.

    Alors oui, la population locale ici, du fait de notre climat, bien tempéré, il n’était pas rare que dans le plus petit des jardins, on y fasse un potager de façon à pouvoir se nourrir. Le souci, c’était bien sûr la viande, parce que la viande était accaparée par l’occupant, hein le mark était bien plus cher. Bien sûr que le franc qui avait été dévalué et du coup, c’était un gros problème d’approvisionnement pour la population locale.

    On va maintenant parler d’un moment déterminant de l’histoire de la région, la libération. Comment se sont déroulées la libération de Cherbourg et celle du Val de Saire ?

    Alors pour aller vite, on pourra en parler des heures bien évidemment, mais au matin du 6 juin, puisque ça va parler sûrement aux auditeurs. Au matin du 6 juin, je vais parler surtout de l’est du Cotentin, c’est-à-dire du Val de Saire, la 4ᵉ division américaine a débarqué et l’objectif numéro un des États-Unis et des alliés en général, c’était le port de Cherbourg puisqu’on a la chance ici de profiter d’un port à l’époque qui est un port en eaux profondes avec la rade, la plus grande d’Europe, elle l’est toujours d’ailleurs, et ce qui en fait a amené les Américains à construire le fameux plan Overlord, qui était l’invasion de la Normandie avec l’objectif « number One » comme ils disaient, le port de Cherbourg de façon ensuite à pouvoir approvisionner les troupes. Cette division est partie du 6 juin de la plage de la Madeleine, Utah Beach, qui est connu sous ce nom-là. Le nomde code américain et du coup, on est remonté par Montebourg où il a fallu se battre assez longtemps avec les troupes occupantes, Quineville pareil.

    Il y avait un vieux dicton qui disait « qui tient Montebourg tient Cherbourg », c’était la réalité puisqu’en fait, on s’est rendu compte que dès que le verrou, comme on l’appelle de Montebourg, a lâché à ce moment-là, les Américains ont pu remonter un peu plus au nord, en commençant d’ailleurs une bataille des Haies. C’était terrible parce qu’à cette époque-là, le bocage était constitué de haies bocagères avec des champs les uns un peu dans les autres et à chaque haie, il fallait recommencer le combat. À un prix humain terrible puisqu’en fait, il y a eu des pertes militaires du côté américain. Ils ont eu vraiment eu du mal à se remettre. Il a fallu attendre un petit peu la relève de façon à pouvoir continuer et pour faire vite donc la bataille de Montebourg s’arrêtant, on avait, les Américains avaient décidé de faire deux ports artificiels. Pas de chance, le 19 juin, grosse tempête. Les ports artificiels n’étaient plus valides et en fait, il a fallu voir le tonnage débarquer, par exemple de matériel militaire, passer de 24 500 tonnes le 18 juin à 2 500 le lendemain, donc une urgence pour les Américains de prendre le port de Cherbourg. Les Allemands ont eu le temps de bien le détruire et l’abîmer, de remplir les passes, d’obstruer tous les accès ; de pétarder quasi intégralement notre magnifique gare maritime qui maintenant est la Cité de la Mer, hein, des fleurons du tourisme nord cotentinois.

    Ce qui fait que les ports de Saint-Vaast-la-Hougue et de Barfleur ont été utilisés transitoirement en attendant la libération de Cherbourg qui a eu lieu le 26 juin exactement. Mais le génie américain avait une telle tâche qu’il a fallu attendre six mois avant vraiment que le port de Cherbourg devienne cette fois-ci encore une fois le plus grand port du monde puisque là, on avait un tonnage extraordinaire. Et une noria de camions, la Bigaouette Ball, qui partait quasiment jusqu’à Paris et même plus loin de façon à pouvoir approvisionner l’effort de guerre américain et anglais.

    La population locale a pu retrouver une vie, on va dire proche de ce qu’elle était avant à peu près à quel moment ?

    Dès l’arrivée des Américains, en fait cette quasi-famine dans lequel le peuple vivait a été transformée en opulence avec du chocolat, des cigarettes, des sucreries, de la viande et du coup, on a vu que le port de Cherbourg justement a pu réussir à assurer son trafic de façon à ce que l’effort de guerre des alliés puisse continuer jusqu’à Paris d’abord, et jusqu’au nid d’aigle, de façon, enfin, à pouvoir mettre la bête nazie à genoux.

    Aujourd’hui, on se trouve à la batterie des Coupléts à Equeudreville-Hainneville, un lieu où il y a des vestiges de la guerre. Donc ces vestiges, c’est aussi la mémoire de ce qui s’est passé dans le Cotentin. Vous, si vous aviez des lieux à recommander pour les auditeurs, des musées ou des sites qui permettent d’entretenir ce devoir de mémoire et de se renseigner également sur l’histoire, quel seraient-ils ?

    Alors, j’ai beaucoup d’amis parmi les musées locaux, je ne voudrais oublier personne. Il y a vraiment énormément de choses à voir.

    On peut commencer par un des plus anciens, le musée de la libération à Cherbourg. Mais se trouvent des musées extraordinaires un peu partout, vous avez notamment le Normandie Victory Museum, le Deadman’s corner Museum. Le Musée Airborne bien sûr, qui compte parmi les premiers plutôt sur l’effort de guerre, cette fois-ci aéroporté des parachutistes de l’assaut, énième et de la 4 22ᵉ airborne. Et on a des musées qui, pour moi, sont importants. Et qui sont, qui sont un petit peu plus discrets. J’entends par là notamment le musée Cobra qui se trouve à Saint-Sébastien de Raids, à côté de Périers, que je recommande particulièrement parce que c’est réellement un musée sympathique. Et si vous avez la chance que le maître des lieux vous en fasse la visite, ça devient hyper passionnant.

    Et en plus, c’est un peu ce que vous disiez. Chaque musée, finalement, aborde aussi un point de l’histoire de manière différente, donc chacun sont intéressants à leur manière.

    C’est ça, chaque musée a un peu ses spécificités, ses spécialisations et un petit peu aussi un point de vue différent sur les combats. On pourrait citer aussi bien sûr le musée de Quinéville qu’il ne faut pas oublier. On en a encore évidemment, je dois en oublier forcément quelques-uns. Ils m’en excuseront. Il y a vraiment plein de choses à voir à ce niveau-là

    Surtout ne pas oublier, aller voir les lieux des combats, notamment les plages du Débarquement, les plages américaines chez nous, Utah beach et Omaha. Omaha, dites la sanglante, parce que évidemment, ça s’est nettement moins bien passé que sur la plage d’Utah Beach puisqu’ils ont trouvé des défenses terribles. Les troupes alliées avaient la chance d’avoir une couverture aérienne bien plus importante que ne pouvaient le faire les Allemands puisqu’il y a un rapport de un à 11, je m’explique, quand vous avez 10 avions allemands, vous en avez  110 Américains, ce qui fait qu’en fait le plan de défense des bunkers qui étaient derrière les plages du débarquement a été complètement chamboulé parce que bien évidemment, quand les blindés sont arrivés en renfort, ils se sont fait littéralement terrasser par l’aviation alliée qui les a cloués au sol.

    Et on parlait de devoir de mémoire, comment on peut entretenir ce devoir de mémoire, notamment auprès des futures générations ? Comment les intéresser à ce point de l’histoire ?

    Il faut à mon sens bien leur raconter l’histoire, ne rien oublier, ne surtout pas oublier le sacrifice de ces jeunes gens du Connecticut et d’ailleurs, qui sont venus mourir sur nos plages pour notre liberté. Si on est libre à l’heure actuelle, c’est encore et toujours grâce à eux.

    Ce devoir de mémoire peut surtout aider à leur faire comprendre, à leur faire toucher du doigt que surtout, ça ne doit jamais recommencer.

    Ça, c’est le plus important.

    À mes yeux, oui.

    En tant qu’ambassadeur du Cotentin, vous aux personnes qui nous écoutent, qu’est-ce que vous pourriez leur dire ? qu’ils soient cotentinois, qui aimeraient redécouvrir leur territoire ou les visiteurs qui pourraient venir ? Qu’est-ce que vous diriez sur le Cotentin ?

    Alors le Cotentin se renouvelle à chaque fois, l’histoire étant toujours la même, on a toute une population d’amateurs d’histoire comme moi qui en fait à chaque fois arrivent à redécouvrir des choses. On a les archives américaines qui se sont ouvertes. On peut chercher un tas de choses déjà sur le net, mais vraiment, vraiment, j’insiste, le mieux, c’est de venir voir sur place, rien que l’émotion qu’on a en arrivant à Omaha Beach, à la pointe du Hoc, à Utah Beach. C’est extraordinaire. Cela vous prend, ça vous prend les tripes, on ne sait pas pourquoi. Mais on se retrouve dans l’histoire et il suffit de très peu d’imagination pour imaginer ce que ça a pu être comme champ de bataille.

    Pour finir, est-ce que vous auriez une bonne adresse locale, un coup de cœur local à nous partager ?

    Moi, je recommande un livre « Et la liberté, vint de Cherbourg » de Robert Lerouvillois, qui concerne la libération de Cherbourg et à chaque fois que j’en ai la possibilité, j’en fais un peu la réclame, comme on disait à l’époque. On a vraiment tout à l’intérieur justement pour voir quel choc ça a pu être, notamment pour les armées, mais aussi la population locale du Nord Cotentin.

    Écoutez Pierre, je vous dis un grand merci. C’était très intéressant de plonger un peu dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale dans le Cotentin.

  • Félix Mazereau, passionné de mobilier du XXe siècle

    La Fourmi à Saint-Sauveur-le-Vicomte

    Proposer du mobilier design scandinave, années 50 et 60, à Saint-Sauveur-le-Vicomte, n’est-ce pas un pari osé ?

    J’ai commencé en 2013 lorsque je suis venu aider ma mère. La boutique était orientée antiquités et brocante, j’y ai ajouté une touche personnelle sans penser que cela rencontrerait un succès presque immédiat.

    Comment expliquez-vous ce rendez-vous inattendu ?

    Il y a du passage à Saint-Sauveur-le-Vicomte, bien plus que ce que je pouvais imaginer. Le bouche-à-oreille fonctionne. La clientèle est fidèle, plutôt parisienne, composée de particuliers ayant des maisons secondaires dans le Cotentin, de décorateurs d’intérieur ou de décorateurs de cinéma. Un bon nombre de ventes se finalisent par internet également. Les transactions, les échanges peuvent se faire en France mais aussi à l’etranger.

    Ce lieu « La Fourmi » a lui aussi une histoire ?

    L’endroit a gardé son authenticité. Le bâtiment, d’architecture après-guerre, date de 1952. Mes parents ont tenu le garage jusqu’en 1999 et ont ensuite apporté quelques transformations pour en faire un magasin d’antiquités. Ils étaient passionnés d’histoire et d’objets anciens.

    Ce n’était pas votre métier de base. Vous ne pensiez pas non plus rester dans la région ?

    En effet, je travaillais dans l’événementiel à Avignon, les imprévus de la vie m’ont fait revenir ici. Dorénavant, je ne me verrais pas vivre ailleurs. Il règne dans le Cotentin une tranquillité loin de l’agitation ambiante et pourtant c’est un territoire en mouvement. Ce côté préservé, où il fait bon vivre va à mon avis rendre le département de plus en plus attractif.

  • Dominique Hutin, chroniqueur sur France Inter

    Les auditeurs de France Inter le connaissent bien. Dominique Hutin, installé dans la Manche, est en effet la référence de l’émission On va déguster le dimanche à 11h, dès qu’il s’agit de parler vin ou cidre.

    C’est aussi un amoureux fou du Cotentin dont il nous livre ici ses adresses fétiches.

    Où faut-il vous inviter à dîner si on veut vous faire vraiment plaisir ?

    Il y a deux adresses qui me viennent spontanément à l’esprit, toutes deux à Cherbourg. Le Pily évidemment, pour la sensibilité du chef Pierre Marion. La sincérité de sa cuisine me touche, notamment son travail sur les produits de la mer qui dit sa proximité authentique avec les pêcheurs. Le restaurant est désormais installé sur le port dans un cadre incroyable. Et je pense aussi au Carabot, cette fois en centre-ville, avec là aussi, une vraie cuisine de caractère qui se renouvelle en permanence.

    Si vous aviez à présent une pépite, un artisan, à nous faire découvrir ?

    Direction le Val de Saire, et plus précisément, le petit village de Montfarville. Une ferme, devenue une charcuterie absolument improbable, se niche ici, tenue par Jean-François Debrix, le représentant d’une longue lignée familiale. Sa graisse à soupe est absolument insensée !

    Le Cotentin est aussi riche de sa palette maraîchère. Avez-vous, là-encore, une suggestion de cœur ?

    Sans hésiter, Le Champ Dépaysant. C’est une petite production que l’on retrouve sur le marché du jeudi à Cherbourg. Ils ne produisent évidemment que des légumes de saison, en bio, notamment des espèces anciennes. Au-delà du travail admirable qu’ils mènent, j’aime aussi beaucoup le fait qu’ils ne trient pas les légumes difformes !

    Et quand vient l’heure du fromage ?

    L’Essentiel, à Saint-Vaast-laHougue. C’est une fromagerie récente qui représente exactement l’idée que je me fais de la résurrection de la profession.

    On termine évidemment avec la carte des boissons…

    Côté cidre, j’ai très envie de mettre en avant le travail de Damien Ferey, aux Vergers de la Passion à Rauville-la-Bigot. C’est là-encore la suite d’une histoire familiale, avec un jeune producteur plein d’idées et déjà de très jolies réussites. Il faut aussi vraiment faire un détour à Cherbourg chez Beerz. Christèle a un vrai talent pour communiquer son savoir et son amour des beaux produits.

    Une mignardise un peu canaille avant de se quitter ?

    Le Ballon Rouge à Cherbourg. Un bar à vin et une cave à la fois. L’endroit est unique. J’ai presque envie de ne pas en dire plus. Filez-y !

  • Yohann Poprawski, chercheur et géologue

    En quoi La Hague est un site géologique si remarquable ? Pour répondre à cette question, nous sommes allés à la rencontre de Yohann Poprawski, chercheur et géologue indépendant, à la tête de la société Géologic-Diffusion.

    En quoi le Géoparc apparait-il comme une évidence dans la Hague ?

    Le site offre, sur un périmètre relativement restreint, une incroyable fresque géologique. Bien sûr, il y a des chaînons manquants, mais il y a surtout des roches qui permettent de retracer une partie de l’histoire géologique depuis une période éloignée de 2,1 milliards d’années !

    Comment se décline cette fresque sur le terrain ?

    En cinq grandes phases. La première date de 2,1 milliards d’années. Les roches datant de cette période sont les plus anciennes de France. Il s’agit de gneiss, autrement dit de granit transformé par différents phénomènes géologiques. On peut l’observer par exemple dans l’anse du Culeron. La 2e phase date de 540 à 600 millions d’années. Elle s’incarne dans différentes formes géologiques d’origine granitiques que l’on peut cette fois observer à Goury. La 3e phase remonte à environ 500 millions d’années. Les chaînes de montagne qui s’étaient formées ici se sont érodées laissant à la place différentes plages de sable et de galets, comme dans la baie d’Ecalgrain.

    Autant de phénomènes qui expliquent la diversité des paysages de la Hague ?

     Absolument. C’est aussi le cas des deux dernières périodes. À Herquemoulin, les roches que l’on observe résultent de la formation d’une chaîne de montagnes qui date d’environ 300 millions d’années et qui devait être comparable aux Alpes actuelles ! Enfin, la dernière période géologique représentée est plus récente. Elle date de 200 000 ans. C’est-à-dire d’un monde qui ressemblait au nôtre. Mais la géologie de cette période, par exemple à Jardeheu, permet de lire les variations climatiques et celles du niveau de la mer. C’est ainsi qu’on retrouve par exemple des galets fossilisés étrangement perchés dans les falaises ! C’est simplement qu’à certaines des périodes qui ont suivi, le niveau de la mer était beaucoup plus haut qu’aujourd’hui.

    Le Géoparc en projet de la Hague permet de raconter 2,1 milliards d’années d’histoire de la Terre. Ce qui en fait un site géologique absolument majeur. La Hague, c’est aussi les vestiges de trois chaînes de montagne, que l’érosion a lentement démantelées, les vestiges d’éruptions volcaniques explosives ou les archives du climat conservées depuis 220 000 ans qui font écho aussi aux enjeux d’aujourd’hui. L’anse du Culeron, la baie d’Ecalgrain, la pointe de Jardeheu ou Herquemoulin constituent des références pour les spécialistes et de formidables écoles de terrain pour des publics curieux et animés par un désir de connaissance sur l’histoire de la Terre ou des climats. La Hague, c’est aussi toute une palette de paysages, qui bénéficie depuis longtemps d’un haut niveau de protection, d’un attachement local fort et d’un dynamisme socio-économique qui a permis de les préserver. Tous ces liens se lisent dans ses paysages depuis ses falaises, en passant par ses étroites prairies littorales aux accents irlandais, ses landes, son vaste massif dunaire, ou à travers la beauté de son patrimoine bâti très bien conservé.

  • Jean Leparmentier, un enfant de gardien de phare

    Jean Leparmentier est un enfant du pays, un enfant de gardien de phare. À quatre-vingt-dix ans et plus, ses images du temps d’avant restent intactes.

    En quelle année votre famille est-elle arrivée au phare de Carteret ?

    Le 16 novembre 1942, en pleine Occupation. Nous venions du Havre, où mon père était le gardien du phare de la Hève mais face aux bombardements intenses, il a préféré venir dans le Cotentin dans l’espoir de mettre sa famille à l’abri.

    Quel rapport entretenez-vous avec la mer ?

    J’ai fait toute ma carrière dans la Marine Nationale, affecté aux ateliers de maintenance de la flotte,

    J’ai pourtant souffert toute ma vie du mal de mer ! Lorsque j’accompagnais mon père à la pêche, j’avais hâte d’apercevoir ma mère agiter le tissu blanc en haut du phare, signe qu’il fallait rentrer.

    Quels souvenirs marquants de votre père « gardien de phare » vous reviennent en mémoire ?

    C’était un travail prenant. Il veillait à l’entretien et bien sûr au fonctionnement infaillible de la lueur. J’ai trois souvenirs en tête. L’exigence de mon père à ce que les volets ne soient jamais fermés. De la fenêtre de sa chambre, il pouvait voir le rayon de la lanterne passer à n’importe quelle heure de la nuit. Je me souviens également de son surnom : Monsieur Mirror. L’été, il organisait des visites. Il demandait aux touristes de ne pas toucher aux prismes mais les visiteurs ne pouvaient s’en empêcher. Mon père passait et repassait alors sans cesse son chiffon.

    Et puis, j’ai été marqué par ses carnets. Il notait tout ce qui pouvait être utile pour informer la base de Cherbourg. Le 23 mars 1943, il a indiqué que nous avons été contraints de quitter les lieux, sur ordre des Allemands. Nous y sommes revenus en septembre 1945…

    Et vos souvenirs personnels ?

    En premier lieu, le long chemin pentu qui me séparait de l’école. Je me rappelle de cette nuit, sans lune et sans étoile. Nous avons vu tomber des dizaines d’oiseaux migrateurs. Attirés par la lumière, ils tournaient autour du phare jusqu’à épuisement. Mon père a fait installer ensuite des lentilles au pied de l’édifice. Cette autre source de lumière permettait de faire diversion.

    Quel est votre coin préféré du Cotentin ?

    Mes parents étaient originaires d’Auderville, mon père gardait le phare de Goury, là où je suis né. J’ai ensuite vécu ma vie d’homme et de père à Cherbourg mais mon coin préféré reste Carteret. Pour la beauté des lieux et parce que nous y avons passé du temps avec ma famille. Mes enfants, pendant les vacances, adoraient allumer le phare. Nous montions pour actionner le bouton de démarrage de la lanterne, qui chauffait doucement, puis nous redescendions vite, juste à temps pour voir le trait de lumière apparaître.

    Découvrez le témoignage de Jean dans la série Tour d’Horizon

  • Stéphanie Lehodey, surfeuse Cotentinoise

    Stéphanie Lehodey, a découvert le surf il y a quatre ans. Une révélation pour elle et toute sa tribu !

    Comment avez-vous débuté ?

    Grâce à Basile Pinel, un copain, natif de Sciotot, fabricant de planches de surf sur mesure.

    J’étais persuadée que je n’allais pas accrocher. J’aime l’eau, mais pas plus que ça. Finalement, j’ai été conquise dès la première fois !

    À tel point que votre enthousiasme a décidé vos enfants à faire comme vous ?

    Jules, 20 ans, Martin, 16 ans et mes jumelles de 12 ans, Lily et Rose, ne ratent pas une occasion de surfer. Nous pratiquons toute l’année à Sciotot, Siouville ou à l’anse de Brick en fonction des vents, du coefficient de marées. C’est un sport pour toute la famille et qui reste tout à fait abordable.

    Oui, mais c’est un sport physique tout de même !

    Ah oui, surtout en hiver. Deux heures passées dans une eau à 12 degrés et des bonnes vagues, c’est physique, endurant, on en ressort « rincés » mais tellement bien. Dorénavant, je serais incapable de me passer de cette activité, devenue indispensable à mon équilibre.

  • Guillaume Evrard, chargé de développement nautisme dans le Cotentin

    La mer de la Manche entoure le Cotentin. En éternel mouvement et omniprésente, elle est indispensable à l’équilibre des habitants. Il y a un rapport de force, de défi entre elle et ses amoureux, organique, presque charnel. Guillaume Evrard, chargé du développement nautisme, connaît bien les mers et les océans. Il confirme qu’ici, sportifs, compétiteurs, professionnels, pêcheurs, promeneurs ont pour trait commun et peut-être plus qu’ailleurs, la mer chevillée au corps.

    Lorsque vous décrivez le littoral du Cotentin, vous utilisez le terme de « terrain de jeu exceptionnel », pourquoi ?

    Le Cotentin possède cette chance unique d’être entouré de trois côtes orientées différemment (Est, Nord, Ouest), toutes à 45 minutes de distance en voiture. Selon l’horaire des marées et les conditions de mer, les pratiques sont possibles tout le temps. Les sports de glisse, la plongée (face maritime nord), l’aviron, la voile en milieu protégé dans la grande rade artificielle de Cherbourg, le char à voile, le speed sail sur les immenses étendues de sable, les traversées nautiques vers l’Angleterre ou les îles anglo- normandes. Sur une journée, vous pouvez faire du paddle sur la côte est au lever du soleil et admirer la fin du jour en surfant sur la côte ouest.

    Des pratiques nautiques ouvertes aux amateurs autant qu’aux professionnels ?

    Oui, car pas moins de 17 bases nautiques sont réparties sur l’ensemble de nos côtes. La rade de Cherbourg, protégée par ses digues est un lieu idéal pour les débutants, la baie des Veys également. Certaines pratiques sont aussi proposées en milieu fluvial. Pratiquer la rame dans les marais du Cotentin, au milieu des champs à perte de vue, des vaches, des oiseaux procure un sentiment de totale connexion avec la nature.

    Le Cotentin, ce sont aussi des rendez-vous prisés par les plus grands compétiteurs ?

    La Rolex Fastnet Race, la Dhream Cup, de nombreux championnats de France (planche à voile, natation en mer…) attirent en effet les compétiteurs et le public. Louis Duc, Alexis Loison et Miranda Merron par exemple vivent et s’entraînent au large de nos côtes. Au-delà de la reconnaissance de ce territoire « petit par la terre, grand par la mer », la place du nautisme dans le Cotentin est source d’une économie et d’une industrie haut de gamme de plus en plus reconnue en France et hors frontières.

  • Guillaume Garbe, propriétaire du château de Carneville

    Théâtre de ses beaux souvenirs d’enfance, Guillaume Garbe a fait l’acquisition du domaine en 2012. Lieu chargé d’histoire, il reprend vie et se refait une jeunesse grâce à l’énorme investissement du propriétaire et au soutien infaillible de l’association des Amis du Château de Carneville.

    Guillaume Garbe, votre plus grand souhait est de voir le château rentrer vaillant dans le XXIe siècle…

    La construction du bâtiment principal date de 1755. La famille Simon de Carneville a fait entrer le château dans le XVIIIe siècle. En 1927, le comte René de Tocqueville devient le nouveau propriétaire et permet à l’ensemble remarquable de s’inscrire dans le XIXe siècle. J’aimerais que les efforts de tous ceux qui s’investissent à mes côtés soient récompensés et offrent à ce lieu la possibilité de s’installer durablement dans le XXIe siècle et les suivants…

    Les propriétaires précédents entretenaient un rapport fort avec les éléments naturels. La visite nous apprend par exemple combien la position du soleil tient une place importante dans la conception architecturale. Vous-même, vous souhaitez vous inscrire dans une démarche de rénovation 100% soucieuse de l’environnement…

    Nous sommes au cœur d’une zone faunistique et floristique de grande qualité. Il est de notre devoir de nous assurer que tout ce qui est et sera entrepris ici réponde aux enjeux écologiques. Lorsque nous organisons des évènements, susceptibles de rassembler du public, nous visons l’objectif 100% déchets végétaux. Nous souhaitons faire de cet endroit, un repère patrimonial, culturel et environnemental indiscutable.

    L’Association des Amis du Château de Carneville occupe une place essentielle dans la réussite de votre projet, pouvez-vous nous en dire davantage ?

    J’ai cette chance d’être entouré par des amis du château fidèles et soucieux de voir le rêve se concrétiser. Les bénévoles répondent présents dès lors qu’il faut entretenir les jardins, créer des animations, organiser des repas ou soirées comme les « apéros au château » les vendredis soir à partir d’avril. Nous sommes tous animés par une même passion pour le patrimoine.