Hague vient d'un mot viking qui signifie "enclos". Notre Hague est pourtant tout sauf un lieu fermé : elle vous est largement ouverte, généreusement ouverte.
Depuis les temps préhistoriques, l'Histoire n'a pas cessé de déferler sur la Hague. Mais au lieu de palais d'orgueil et de citadelles barbares, l'Histoire lui a légué un héritage infiniment plus romantique : un conte aux pages de bruyères serties dans une reliure de granit.
Voici des pages pour le regard, pages encadrées par le damier des bas murets de pierre sèche, pages délicatement jaunies par le reflet des ajoncs griffant d'or le ventre des nuées.
Voici des pages pour l'oreille, pages musicales où se déploient la symphonie des vagues et du vent, et le grand opéra de la mer où le choeur (qu'on devrait ici écrire "coeur") des sauveteurs l'emporte sur le fracas des naufrages.
Voici des pages pour l'esprit, pour la tendresse et l'humour, pages signées par ces princes de la création qui furent aussi nos princes de la Hague : le poète Jacques Prévert qui dort à Omonville-la-Petite, et Jean-François Millet le peintre de l'Angélus.
Sans oublier la plus belle des pages : celle que vous écrirez vous même dans votre mémoire, au hasard de vos promenades parmi nos falaises et nos landes, nos manoirs discrets enfouis sous les hortensias, nos fermes écaillées d'ardoises, nos maisons rugueuses qui s'enchevêtrent l'une à l'autre et nous font ainsi des villages où il fait bon vivre, où l'on trouve bon boire et bon manger, et beaux rêves.
Feuilletez-le sans hâte ce site de la Hague, notre pays bref mais intense, est terre de long souffle : il se révèle davantage par le temps qu'on y passe que par l'espace qu'on y dévore.
Didier Decoin
de l'Académie Goncourt